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Les fonctionnaires, le bras désarmé de la République

Brigitte Perrot

Secrétaire générale

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On ne va pas commenter l’abjection que l’on a tous ressentie le vendredi 13 novembre après les attentats qui ont ensanglanté Paris. Peur, angoisse, scène de panique pour un pigeon brûlé par une caténaire Gare du Nord, rumeur anxiogène sur rumeur anxiogène et puis, la promulgation de l’état d’urgence. Nous sommes sans doute rentrés dans un autre temps.


On retiendra cependant deux choses de ce vendredi de sang. D’une part, on a trouvé, en quelques heures, les moyens financiers de passer du pacte de stabilité au pacte de sécurité avec la bénédiction de l’Europe et, d’autre part, on a redécouvert des gens essentiels, couverts- à juste de titre- de louanges par les mêmes qui, il y a encore quelques semaines, les trouvaient trop nombreux, pas assez « rentables », nantis, privilégiés… On a redécouvert les fonctionnaires. Et tout à coup les discours d’un poujadisme aberrant ont fait place à une reconnaissance étonnante. Virage à 180 degrés dont on ne peut que se féliciter mais à quel prix ?


Pour ce qui nous concerne, nous n’avons pas attendu que notre pays soit confronté à l’horreur pour rappeler que les fonctionnaires étaient les piliers de la cohésion sociale parce qu’ils protègent, parce qu’ils soignent, parce qu’ils jugent, parce qu’ils éduquent, parce qu’ils accueillent et conseillent le Citoyen dans ses démarches administratives, parce qu’ils sont à la fois le lien et le liant entre l’Etat et le Citoyen…. Aujourd’hui, ils sont là, à leur tâche, comme ils l’ont toujours fait pour aider avec leurs moyens, une société complètement déboussolée.


Et ce n’est pas de l’opportunisme de circonstance de rappeler que ce ciment de la Nation que sont les fonctionnaires a été traité par-dessus la jambe, que les fonctionnaires sont devenus année après année et quels que soient les gouvernements, de simples éléments comptables, la variable d’ajustement d’une politique sociale-libérale aujourd’hui aculée - comme un boxeur sonné- dans le coin de ses propres contradictions. Il y a peu, il était de mode de sonner l’hallali des fonctionnaires, des a priori plein la besace. On nous serine depuis le début, que nos concitoyens ne veulent plus autant de fonctionnaires, mais aussi qu’ils veulent plus de policiers, plus d’infirmières, plus d’enseignants, plus d’inspecteurs du travail, et plus d’agents derrière ces guichets devant lesquels ils ne supportent plus de faire la queue…


Or, toutes ces personnes, qui consacrent leur vie à une mission d’intérêt général et pas à la satisfaction d’actionnaires, ne sont-elles pas ces fonctionnaires dont la doxa générale exige la disparition ? Et, le 7 janvier comme le 13 novembre, ce sont bien des fonctionnaires, que le pays a unanimement applaudis ?


Depuis 15 jours, on les encense. Mais jusqu’à quand ? Parce que rien sur le fond n’a changé quant aux politiques publiques. On a trouvé de l’argent pour qu’il y ait plus de policiers, plus de militaires, on a dégagé des crédits (ce n’est que justice) pour les personnels hospitaliers qui ont pris en charge les victimes des attentats du 13 novembre mais la RGPP, la REATE, la MAP… on en fait quoi de tous ces sigles abscons dont la seule logique est de détricoter un maillage qui faisait un tout cohérent ? Comme si la République pouvait être considérée comme un élément marchand. C’est quoi une République rentable ? Des files d’attentes dans les guichets des administrations ? Des juges que l’on ne voit plus derrière leur bureau tant les dossiers s’empilent ? Des gardiens de prisons qui doivent gérer un univers où l’on entasse les détenus ? Des profs aux classes surchargées ?


C’est une violence inouïe qu’affrontent depuis trop longtemps les fonctionnaires avec son corollaire, la stigmatisation pour ne pas dire la haine : remise en cause des 35 heures qui les pousseraient à la paresse, remise en cause des rémunérations qui font d’eux des nantis. C’est vrai que les agents de catégorie C, qui finissent leur carrière de près de 42 ans de service, avec un salaire de moins de 2000 €, nagent dans l’opulence et coûtent cher à la société !


Il fallait « travailler plus pour gagner plus » : on a travaillé plus, -comment faire autrement ?-, mais on n’a rien vu venir. On a plutôt vu partir. Le gel du point d’indice semble être devenu la norme, la réserve d’objectifs bientôt un graal, la retraite un espoir et nos retraites complémentaires un mauvais investissement.


Non, les fonctionnaires n’ont rien gagné.


Et s’il faut parler de mérite, n’en déplaise à ceux qui l’invoquent comme une valeur perdue, ils en ont montré plus que de raison.


Mais ces revendications sont obsolètes, d’un autre âge… ce n’est pas cela le progrès et ce n’est pas cela la République ! Le progrès, parlons-en ! Ce serait par exemple l’obligation ( !) pour chaque citoyen de détenir à présent un ordinateur, un scanner et une imprimante. Et l’électricité.


Mais que deviendront ceux qui n’en ont pas les moyens financiers et que deviendront tous ces usagers qui ne peuvent comprendre ce qui s’affichera sur leur écran ?


Avec une population française où un habitant sur 10 a plus de 75 ans, où 8,5 millions d’habitants sont déclarés pauvres (soit près de 13% de la population totale), où l’on compte plus de 2 millions d’illettrés qui assumera le rôle d’écouter ces gens, de les orienter, de les aider, rôle aujourd’hui occupé par un agent impartial et soucieux de l’accès aux droits de tous, c’est-à-dire : un fonctionnaire ?


En se débarrassant de ses fonctionnaires, l’Etat renonce à son rôle premier : garantir l’égalité de l’accès aux droits à TOUS ses membres, garantir l’identité des personnes. Et, semble-t-il, garantir l’identité des personnes, c’est quand même un peu le sujet qui nous occupe, aujourd’hui... Ce progrès annoncé, c’est le recul de la République.


S’il faut que « les agents publics jouent plus que jamais un rôle de tout premier plan », comme l’écrivait Mme Lebranchu le 16 novembre, il est nécessaire de mettre un point d’arrêt à des réformes qui contribueront à un désordre institutionnel que le pays ne peut pas se permettre.


Bien sûr la reconnaissance fait chaud au cœur mais il faut autre chose ; des moyens, de vrais moyens pour assurer un vrai service. Un SERVICE PUBLIC.


Les fonctionnaires ne failliront pas à leurs tâches mais il faut savoir que, pour l’instant, ils sont le bras désarmé de la République. Il y a urgence.


Brigitte PERROT

Date de publication : 26 novembre 2015
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