Le service public est un bien immatériel

Si une élection chasse l’autre, le rouleau compresseur conduit par notre Jupitérien président continue, comme si de rien n’était, son petit bonhomme de chemin. Ainsi, mardi 28 mai* soit 48 heures après les élections européennes, l’Assemblée Nationale votait, en première lecture, le projet de loi sur la fonction publique qui entend, selon ses concepteurs, donner plus de « souplesse » à un secteur souvent « victime de rigidités » avec notamment un recours accru aux contractuels. Que les mots sont choisis et sonnent bien pour ce qui n’est rien d’autre qu’un enfumage de première classe ! Et pour faire bonne mesure, le secrétaire d’Etat, Olivier Dussopt, justifie ce coup de Jarnac par la volonté du gouvernement de « moderniser » le statut de fonctionnaires et l’adapter aux « attentes » de la société. Elle a bon dos, la société !!! Il serait un pantin de bois, M. Dussopt ne verrait plus depuis longtemps le bout de son nez ! Voilà, on y est : si tout se passe comme l’a prévu le pouvoir actuel - même s’il y a maintenant une bonne quarantaine d’années que la chasse aux fonctionnaires est ouverte – on va casser le service public en le proposant à la privatisation et à la marchandisation. C’était déjà fait pour les services publics de l’eau, de l’énergie, du transport, de la poste … Les aéroports ont obtenu un sursis… En clair, on a fait entrer une logique de profit dans la clef de voûte de notre modèle républicain. Et pour cela il faut casser le statut de la fonction publique qui est à l’opposé de cette vision marchande du service public. Non, le service public n’est pas une « marchandise », un « service » quelconque. Parce que justement, il garantit à celles et ceux qui le servent, un statut qui est lui-même la garantie de l’accès égalitaire de tous les citoyens aux biens et services publics. Le statut c’est l’assurance de la neutralité et l’ultime digue contre le clientélisme.
Alors, on nous vante la création de mille Maisons de service public, vaste fourre-tout à l’image du multiple rural où l’on vend un peu de tout (du pain, des bouteilles de gaz, le journal, des boîtes de sardines…). Là, on trouverait un bureau de poste, un bureau des impôts, de la CAF, de la CPAM… Cautère sur jambe de bois : comme si le service public pouvait fonctionner comme une épicerie alors que les métiers qui le constituent sont si différents et demandent pour chacun, des qualifications particulières !
Il va sans dire que Force Ouvrière rejette ce texte qui ne voit dans la fonction publique qu’une dépense alors que c’est une ressource.
Le service public est un bien immatériel. Vouloir le faire passer sous les fourches caudines de la rentabilité est une hérésie. Tout simplement parce qu’il n’a pas de prix tout comme les principes républicains de Liberté, d’Egalité et de Fraternité qu'il incarne et met en oeuvre au quotidien.

*A l’appel de plusieurs syndicats du secteur public, de nombreux militants -dont beaucoup de Force Ouvrière- se sont retrouvés ce 28 mai, jour du vote en première lecture au Palais Bourbon, du projet de loi sur la fonction publique. La FAGE-Fo comme d’autres fédérations du secteur public, avait répondu à ce rassemblement symbolique, point d’orgue d’une semaine d’actions.

JL. G